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En matière de sécurité, nous ne sommes pas sur la bonne voie

07-05-2008

 18 :53 HNE   
Publié dans le Globe and Mail

WILLIAM BREHL
Président
Conférence ferroviaire Teamsters Canada
Division des préposés à l’entretien des voies


Le 23 avril 2008

On dit qu’un héros est quelqu’un qui est capable de tenir le coup une minute de plus. Confronté à une mort presque certaine, le mécanicien de chemin de fer Lonnie Plasko a démontré l’étoffe d’un vrai héros – en tenant le coup plus longtemps que la plupart d’entre nous l’aurions fait.

Il y a un an jour pour jour, Lonnie Plasko est mort en empêchant un train endommagé et hors de contrôle de percuter une aire de stationnement bondée et un pipeline transportant des produits chimiques toxiques à la municipalité de Trail, Colombie-Britannique. Cette semaine marque également la 25e Journée internationale de commémoration des travailleurs morts ou blessés au travail, une date d’autant plus émotive vu le fait que Lonnie célébrait ses 25 années de services comme mécanicien pour le CP au moment de son décès.

La mort de Lonnie n’a pas été un incident isolé. De graves accidents de travail surviennent trop souvent sur la voie. La plupart des accidents mortels se produisent sur la voie et fauchent ceux qui inspectent, entretiennent et réparent l’infrastructure ferroviaire.

Enfin, le gouvernement fédéral y voit. Un comité de la Chambre des communes se penche sur les moyens à prendre pour rendre les chemins de fer du Canada plus sécuritaires non seulement pour les travailleurs eux-mêmes mais aussi pour le grand public.
Après tout, de très nombreuses matières dangereuses sont transportées par train et traversent des milieux urbains densément peuplés. Nous ne pouvons nous permettre un autre déraillement comme celui qui est survenu en 1979 à Mississauga. Un comité de spécialistes mis sur pied par Transports Canada s’est également penché sur la sécurité ferroviaire et a déposé ses conclusions au comité des Communes, lequel déposera son rapport aux parlementaires le mois prochain.

Nous côtoyons la mort quotidiennement dans le cadre de notre travail. Dans son propre document intitulé 2008 Safety Plan and Focus, le CP reconnaît qu’en 2007, ses activités ont enregistré une augmentation alarmante de 41,6 pour cent du nombre d’accidents de train et de 3,5 pour cent du nombre de blessures corporelles durant l’année. Le CP conclut comme suit : « Notre taux de blessures corporelles demeure considérablement plus élevé que la moyenne des autres chemins de fer de catégorie 1… » Pourtant, la Loi sur la sécurité ferroviaire fédérale n’a pas fait l’objet d’un examen indépendant depuis des années malgré la déréglementation de l’industrie et la circulation de trains beaucoup plus longs et lourds.

À en juger de récents événements survenus sur les voies canadiennes, le travail du comité se faisait cruellement attendre. Voici un instantané des incidents survenus seulement sur les voies du CP : Le 23 mars, plus d’une douzaine de wagons remplis de charbon ont déraillé et déversé leur contenu dans le col Rogers entre Golden et Revelstoke, Colombie-Britannique. Le 27 mars, tout juste au nord de Toronto, la voie principale a été fermée après que la rail a été endommagée par une roue brisée d’un train. Le 1er avril, près de Cranbrook, Colombie-Britannique, un train a déraillé, faisant renverser neuf wagons qui ont déversé des matières dangereuses, dont du zinc, au sol. Le 5 avril, au centre-ville de Medicine Hat, deux locomotives d’un train transportant de l’ammoniac ont déraillé. Le 7 avril, un déraillement impliquant trois trains transportant des matières dangereuses est survenu en bordure de Weyburn, Saskatchewan.

Ces accidents ainsi que les blessures et les dégâts environnementaux qu’ils causent sont les résultats logiques et prévisibles de la dégradation continue de notre système ferroviaire. En dépit de ces faits, les travailleurs qui sont responsables de la sécurité des opérations ferroviaires au Canada ne siègent pas au comité de Transports Canada qui examine la législation. Le comité est formé de représentants gouvernementaux, d’avocats et d’un ancien cadre de chemin de fer. Mais le travail ne sera jamais effectué correctement sans la participation directe des travailleurs qui vérifient l’état des voies quotidiennement et qui ont le plus à perdre d’un réseau qui n’est pas sécuritaire.

Les trains sont plus longs et plus lourds que jamais auparavant, ce qui accélère l’usure des rails. Les équipes d’entretien des voies se voient refuser l’accès aux sections les plus prioritaires de la voie par crainte de ralentir la circulation des marchandises. C’est une simple question mathématique : plus d’usure + moins d’entretien préventif = hausse du nombre d’accidents.

Le comité des Communes et le comité consultatif doit accorder la priorité première à la sécurité publique. Donnons aux Lonnie Plasko de ce monde une voix à la table dès aujourd’hui pour éviter qu’ils ne deviennent les héros morts de demain.
Continuez de veiller à votre sécurité, demeurez forts et restez unis.