David Akin
Canwest News Service
Le mercredi 9 avril 2008
OTTAWA – Alors qu’un train déraillé en flammes crachait un panache de fumée noire dans le ciel près de Weyburn, en Saskatchewan, des dirigeants syndicaux mettaient en garde les membres de la députation fédérale que les voies ferrées du Canada sont de plus en plus dangereuses et demandaient aux parlementaires d’adopter des lois sur la sécurité ferroviaire plus contraignantes.
« En raison des pratiques d’embauche et de formation ainsi que du manque d’expérience sur les voies, nos employés et notre pays sont à risque », de déclarer Robert McDiarmid des Travailleurs unis des transports, syndicat représentant 2800 travailleurs canadiens, principalement à l’emploi de la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada de Montréal.
À Weyburn, où trois trains sont entrés en collision lundi, le rapport préliminaire des premiers répondants indique que l’erreur humaine aurait été un facteur contributif majeur dans l’incident.
Des représentants syndicaux ont également fait savoir aux députés fédéraux que les décisions prises par à la fois le CN et son principal concurrent national, le Chemin de fer Canadian Pacifique ltée de Calgary, de charger les trains plus lourdement et de les exploiter sur de plus longues distances nuisent à l’infrastructure ferroviaire du Canada et accroissent les risques pour la sécurité.
Dans le cadre d’une présentation livrée au comité de la Chambre des communes chargé de se pencher sur les modifications proposées aux règles de sécurité ferroviaire, les dirigeants syndicaux ont détaillé sept déraillement ou accidents impliquant des trains du CP au cours des deux dernières semaines à peine, incluant l’incident de lundi dernier. Bien que personne n’ait été blessé gravement, l’incident a forcé l’évacuation de résidents à proximité.
« Nous avons vu un trop grand nombre de nos collègues de travail se blesser ou mourir », d’affirmer William Brehl, président de la Conférence ferroviaire Teamsters Canada, qui représente quelque 4000 employés du CP affectés à l’inspection, la surveillance et la réparation des voies. Brehl a fait valoir aux parlementaires que le CP avait déclaré 21 % plus de déraillements en 2007 qu’en 2006.
« Ils priorisent la production au détriment de la sécurité et nous, les Teamsters, n’allons pas le tolérer », d’ajouter Brehl.
Une porte-parole du CP a pour sa part réitéré la priorité absolue que le CP accorde à la sécurité.
« Nous avons été le chemin de fer le plus sécuritaire en Amérique du Nord au cours de six des sept dernières années », de soutenir le porte-parole Mike LoVecchio. Nous croyons qu’un autre dessein soit en jeu ici puisque les suggestions formulées au comité ne trouvent aucunement fondement dans les faits. »
Du coté du CN, le porte-parole Bryan Tucker a déclaré ceci : « Le CN a enregistré une réduction considérable et constante des accidents hors des voies principales au cours des sept dernières années. Il s’agit du type d’incident où l’erreur humaine est le plus souvent en cause. Notre taux de blessures a aussi diminué considérablement au cours de cette même période. Le changement de culture est un processus continu, mais il porte fruit. »
Le Bureau de la sécurité des transports rapporte 156 déraillements survenus sur des voies principales en 2007 comparativement à 141 en 2006. Le nombre moyen de déraillements survenus sur des voies principales sur cinq ans se chiffre à 156.
Les législateurs ont entrepris un examen des règles de sécurité en 2006. Aujourd’hui, ils en sont à évaluer des recommandations formulées par un groupe d’experts non partisan. Les dirigeants syndicaux sonnent l’alarme que les nouvelles règles libéreront le CN et le CP de leurs obligations.
« Nous craignons que les nouvelles règles donnent plus de pouvoir ou d’autonomie aux chemins de fer de créer leurs propres règles et minent l’autorité de l’organisme de réglementation », de déclarer John Burns des Travailleurs canadiens de l’automobile. « Le rapport du groupe d’experts (non partisan) a conclu que le train représente encore aujourd’hui un des moyens de transport les plus sécuritaires et que les chemins de fer du Canada figurent parmi les plus sécuritaires en Amérique du Nord », selon Bryan Tucker, un porte-parole du CN.
Selon les dirigeants syndicaux, un des principaux problèmes – particulièrement du côté du CN – est une « culture de peur et de discipline » où les employés craignent de perdre leur emploi ou d’être victimes d’autres formes de représailles s’ils lèvent le voile sur des problèmes de sécurité.
« Le CN considère ses employés comme un simple élément d’actif, au même titre que des locomotives ou des wagons couverts », indique Todd Cotie, de Sudbury en Ontario, employé par le CN.
McDiarmid a fait valoir aux députés que les compagnies de chemin de fer devraient se voir imposer de lourdes amendes lorsqu’ils enfreignent les lignes directrices en matière de sécurité. Il avance également que les lois fédérales devraient être réécrites de telle sorte à rendre personnellement responsables les hauts dirigeants de compagnies de chemin de fer de certaines infractions aux règles de sécurité.
Plusieurs dirigeants syndicaux dénoncent les tentatives du CN et du CP de couper les périodes de repos de plusieurs catégories d’employés, depuis des ingénieurs de locomotives jusqu’aux membres du personnel d’entretien des cours, au cours de la dernière ronde de négociations contractuelles. Ils prétendent qu’il en résulte un accroissement du niveau de fatigue des employés et un risque accru d’accidents.
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