Teamsters Canada, qui représente des milliers de camionneurs d’un bout à l’autre du Canada, affirme que la nouvelle loi sur les limiteurs de vitesse (loi 41), en vigueur en Ontario depuis le 1er janvier 2009, ne contribuera en rien à la prévention d’accidents, comme le prétend le gouvernement. Au contraire, cette loi ne fera qu’ajouter au fardeau des camionneurs qui devront apporter de coûteuses modifications à leur véhicule alors que leur industrie compose déjà avec des mises à pied et une baisse des chargements en cette période de récession et n’a pas les moyens de se conformer à cette loi.
En vertu du règlement ontarien, similaire à un règlement adopté dans la province voisine du Québec, tous les camions lourds fabriqués depuis 1996 et pesant plus de 26 000 livres doivent être munis d’un dispositif électronique pour limiter leur vitesse à 105 km/h (65 mi/h).
Selon des camionneurs au Canada et aux États-Unis, la loi crée un frein à la concurrence et viole potentiellement les lois commerciales sur les échanges interprovinciaux et transfrontaliers. Le limiteur de vitesse, qui est un module régulateur déjà installé à bord des camions, doit être réglé électroniquement. Les routiers provenant de l’extérieur de la province et des États-Unis doivent faire régler le limiteur par un concessionnaire ou un garage, à un coût variant entre 75 $ et 150 $ chaque fois. Ce réglage doit être fait chaque fois que le camion franchit la frontière de la province (donc à l’arrivée et à la sortie). La plupart des États américains appliquent des vitesses limites variant de 70 à 75 mi/h. Si les camionneurs circulent en Ontario et au Québec sans limiteur de vitesse, ils s’exposent à une amende de 250 $ et de 350 $ respectivement.
Robert (Bud) McAulay, directeur national de la division du transport et des camions-citernes de Teamsters Canada, ayant lui-même exercé le métier de camionneur pendant plus de 25 ans, explique que cette nouvelle loi vise à réduire les coûts de carburant des entreprises de camionnage plutôt qu’à améliorer la sécurité. « J’applaudis les efforts déployés pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais d’autres questions environnementales qui ne concernent pas la sécurité des usagers des autoroutes doivent être prises en considération. Comment voulez-vous accroître la sécurité sur les autoroutes alors que le ministère des Transports y autorise deux limites de vitesse différentes? Pas besoin d’être un grand savant pour déterminer ce qui arrivera si des camions dont la vitesse est limitée à 105 km/h partagent la route avec des automobiles roulant à 120 km/h ou plus… Il y aura beaucoup d’automobilistes frustrés qui suivront les camions de très près pour pouvoir les passer en double à la première occasion. Les gens deviendront plus agressifs sur la route et le nombre de passages en double augmentera. Sur une autoroute à trois voies où les camions circulent dans les deux voies de droite, un camionneur qui souhaite passer un véhicule roulant plus lentement forcera les automobilistes à passer à la voie de gauche, ce qui contribuera à accroître les changements de voie agressifs. Et si un gros porteur se trouve dans une situation critique et doit accélérer rapidement pour corriger un dérapage et prévenir une mise en portefeuille, il lui sera très difficile de le faire si sa vitesse maximale est limitée à 105 km/h », explique-t-il.
Le ministre des Transports de l’Ontario, Jim Bradley, a eu des rencontres avec l’Association de camionnage de l’Ontario, mais il a choisi de faire fi de ce qu’avaient à dire les camionneurs – représentés par Teamsters Canada – sur cet enjeu de première importance.
M. McAulay indique également que le président Obama, durant sa visite au Canada la semaine dernière, a fait valoir l’importance d’ouvrir les frontières pour encourager une circulation plus fluide des camions entre les deux principaux partenaires commerciaux de la planète. « Il est évident que le projet de loi 41 adopté par notre gouvernement provincial complique les affaires pour les camionneurs de l’extérieur de la province », soutient-il.
Le syndicat des Teamsters représente 125 000 membres au Canada dans tous les corps de métiers. La Fraternité internationale des Teamsters, à laquelle Teamsters Canada est affilié, compte 1,4 million de membres en Amérique du Nord.-30-
Information :
Stéphane Lacroix, directeur des communications de Teamsters Canada
514-609-5101